03.21.21.32.00
GABRY AVOCAT
Lors du décès des parents, une période transitoire s’ouvre jusqu’au partage de la succession : l’indivision. Durant cette période, la gestion des terres agricoles peut rapidement devenir source de tensions, notamment lorsque certains héritiers souhaitent agir tandis que d’autres s’y opposent.
La question se pose alors de savoir si un seul indivisaire peut mettre en demeure un agriculteur de régler les fermages impayés.
Le Code civil distingue trois catégories d’actes, qui obéissent chacune à des règles différentes.
Tout indivisaire peut accomplir seul un acte conservatoire, quels que soient ses droits dans l’indivision.
En effet, l’article 815-2 du Code civil lui reconnaît cette faculté sans qu’il soit nécessaire d’obtenir l’accord des autres indivisaires.
Les actes d’administration nécessitent, en principe, la majorité des deux tiers des droits indivis.
Ainsi, l’article 815-3 du Code civil impose une décision collective pour les actes relevant de cette catégorie.
Les actes de disposition exigent, quant à eux, l’accord unanime des indivisaires.
Toutefois, la loi prévoit certaines exceptions, notamment lorsqu’une autorisation judiciaire est obtenue.
Le Code civil ne prévoit aucune règle spécifique concernant les fermages
Aucun texte ne précise expressément si un indivisaire peut, à lui seul, mettre un fermier en demeure de payer les fermages.
Dès lors, il convient d’appliquer les règles générales de l’indivision prévues aux articles 815-2 et 815-3 du Code civil.
Par ailleurs, une convention d’indivision peut organiser différemment la gestion du patrimoine.
Par exemple, elle peut désigner un gérant ou prévoir des règles particulières de majorité.
Dans cette hypothèse, il convient de vérifier si cette convention limite le pouvoir d’un indivisaire d’agir seul.
La Cour de cassation a répondu à cette question dans un arrêt du 30 octobre 1991.
Elle a jugé que la mise en demeure de payer les fermages constitue un acte conservatoire.
Par conséquent, un seul indivisaire peut accomplir valablement cette démarche en application de l’article 815-2 du Code civil.
L’indivisaire agit pour le compte de toute l’indivision
En revanche, l’indivisaire n’agit pas dans son intérêt personnel.
Il intervient pour le compte de l’ensemble de l’indivision, qui bénéficiera des sommes recouvrées.
Ainsi, la mise en demeure profite à tous les indivisaires et non au seul héritier qui l’a adressée.
Une mise en demeure ne se résume pas à une simple demande de paiement.
Au contraire, elle doit respecter plusieurs exigences légales.
Elle doit notamment viser les dispositions de l’article L. 411-31 du Code rural et de la pêche maritime.
À défaut, elle risque de ne produire aucun effet dans le cadre d’une future procédure.
Une mise en demeure régulièrement rédigée constitue un préalable obligatoire avant de demander la résiliation d’un bail rural pour défaut de paiement des fermages.
En pratique, une erreur de rédaction peut empêcher le propriétaire d’obtenir la résiliation, même lorsque les fermages demeurent impayés.
C’est pourquoi il est essentiel de sécuriser cette étape dès l’origine.
Le contentieux des fermages impayés ne se limite pas à réclamer une somme d’argent.
En effet, chaque acte accompli aujourd’hui peut avoir des conséquences sur une future demande de résiliation du bail rural.
Par conséquent, un avocat vérifiera la qualité des indivisaires, analysera les règles applicables à l’indivision et rédigera une mise en demeure conforme aux exigences du Code rural.
Cela dépend de la nature de l’acte envisagé. Le Code civil distingue trois catégories : les actes conservatoires, réalisables par un seul indivisaire ; les actes d’administration, qui requièrent la majorité des deux tiers des droits indivis ; et les actes de disposition, soumis en principe à l’unanimité.
Oui. La Cour de cassation a jugé, dans un arrêt du 30 octobre 1991, que les mises en demeure de payer les fermages constituent des actes conservatoires au sens de l’article 815-2 du Code civil. Un seul indivisaire peut donc les accomplir valablement, sans avoir à obtenir l’accord des autres héritiers.
La mise en demeure doit notamment viser les dispositions de l’article L. 411-31 du Code rural et de la pêche maritime. À défaut de ces mentions obligatoires, elle risque de ne pas produire les effets juridiques attendus, notamment en cas d’action ultérieure en résiliation du bail rural devant le tribunal paritaire des baux ruraux.
Pas directement. Toutefois, elle constitue un préalable indispensable à toute action en résiliation pour défaut de paiement. Une mise en demeure correctement rédigée ouvre en effet la voie à une procédure de résiliation devant le tribunal paritaire des baux ruraux, si le preneur ne régularise pas sa situation dans le délai imparti.
Une convention d’indivision peut-elle limiter le pouvoir d’un indivisaire d’agir seul ?
Oui. Si une convention d’indivision organise la gestion du patrimoine, notamment par la désignation d’un gérant ou l’adoption de règles de majorité spécifiques. Il convient donc de vérifier le contenu de cette convention avant toute démarche.
Ces articles peuvent vous intéresser :